Paul Bechdolff Pasteur à LILLE

Dans un article « Libre opinion » le Pasteur Paul Bechdolff donne 11 clefs pour comprendre le Renouveau Charismatique.

 – Ce mot de « charismatisme » vient du grec. On l’a préféré à d’autres mots marqués par l’histoire, comme « pentecôtisme ». Il désigne les dons de Dieu. Le mouvement charismatique est la résurgence d’une façon très étendue des dons de Dieu I Corinthiens 12. Dans cette épître Paul essaye de régler des questions difficiles dans l’Église de Corinthe. Heureusement que l’Église de Corinthe avait des difficultés, comme cela on apprend des choses !
Ils avaient les mêmes dons de l’Esprit et cela posait des problèmes de vie commune; ces dons de Dieu sont des manifestations assez spectaculaires comme les guérisons subites, par la foi.
Ce sont des manifestations de Dieu par l’intermédiaire de quelqu’un : par exemple la prophétie que l’on trouve déjà dans l’Ancien Testament. Quelqu’un inspiré par Dieu a une parole à donner, un message de la part de Dieu, soit à quelqu’un de l’assemblée qu’il ne connaît pas, soit à toute l’assemblée. D’ailleurs la Bible en français courant traduit « prophétie » par « message de la part de Dieu ». Ce sont souvent des messages d’encouragement, des messages de consolation, des messages d’avertissement, des messages de direction aussi, quel chemin prendre par exemple, dans les décisions à venir.

Ces messages sont parfois très concrets. A la Salette, la Vierge Marie aurait dit que si la Russie ne se convertissait pas, la récolte de pommes de terre serait mauvaise. En changeant un peu les termes, cela pourrait être un de nos messages. Ainsi dans les années trente en Ardèche, il y a eu une prophétie incompréhensible : « on aura de la famine dans le pays ». Et c’est dans les années 39-45 que l’on a compris la réalité de ce temps de famine où le pain se fait rare.
Dieu intervient aujourd’hui, directement. Il intervient aussi par des miracles, principalement des guérisons, mais d’autres miracles également. Il en est un qui est célèbre, le miracle de « la multiplication du jambon » aux États-Unis à El-Paso en 1972. Il fallait nourrir une foule et il n’y avait pas assez ; c’était d’ailleurs une foule de pauvres et il y a eu effectivement multiplication de nourriture.

– Dans le Tiers-Monde, Dieu ne multiplie pas ainsi la nourriture parce qu’il y a deux temps. Il y a le temps des hommes, la vie ordinaire, la vie où l’on vit, où il faut travailler, c’est la vie normale. Mais il y a aussi les temps où Dieu intervient pour se faire connaître et c’est là ce que Dieu fait à travers les charismes.
On n’est pas appelé à vivre du miracle tous les jours, mais il y a des moments où le miracle est un signe que Dieu fait pour nous aider à marcher avec lui, à croire ; un encouragement ou un secours dans la détresse.
Ce signe s’oppose au matérialisme ambiant du XXe siècle.

Ce qui est frappant aujourd’hui c’est que ces charismes sont donnés à une époque où l’on affirme que « Dieu est mort » ou que « Dieu n’existe pas ». Et voici que ses interventions mettent ces fausses certitudes en question et donnent à notre mouvement du Renouveau une très grande force d’évangélisation ; soit à l’intérieur des Églises sous la forme de réveils; soit à l’extérieur comme en Afrique, en Amérique du sud où des gens sont atteints, qui étaient totalement étrangers à la foi chrétienne.
Il y en a même en Europe : dans ma paroisse j’ai connu une jeune fille qui ne savait pourtant rien de Dieu et n’avait jusque là aucune culture religieuse.

– Le charisme est un événement qui éveille l’attention, amène à s’interroger. C’est une résurgence des événements racontés dans le livre des Actes des Apôtres. Une reprise de ces anciennes manifestations dans notre temps, puisqu’en notre temps Dieu est contesté de façon globale, absolue.
Le Dieu de l’Évangile a toujours été contesté par les dieux païens ; mais c’est son action même qui est aujourd’hui contestée. Et voici que les interventions de Dieu contestent cette contestation !

– Le « parler en langues » est un autre signe remarquable. C’est le charisme qui accroche le plus l’attention et aussi qui scandalise le plus certains ; celui qui fait le plus de peine à d’autres, parce qu’au début du mouvement pentecôtiste, au début du siècle, les pentecôtistes ont affirmé que l’on n’avait reçu le saint-Esprit que si l’on « parlait en langues ». Ceux qui ne le faisaient pas se sentaient donc minorisés et dévalorisés.
Le « parler en langues » est une prière exprimée en des termes incompréhensibles, de sorte que le croyant parle de coeur à coeur avec Dieu, d’esprit à Esprit. Il remet sa prière entre les mains de Dieu et sa communication avec Dieu ne passe plus par la pensée.
Le « parler en langues » n’est pas une langue étrangère ; c’est un langage dans lequel il passe beaucoup de choses entre Dieu et le croyant; soit au niveau de l’adoration, de la louange, soit au niveau de l’action de Dieu sur nous-mêmes pour transformer notre coeur; soit au niveau de la prière pour les autres.
Il m’arrive de prier « en langues » pour d’autres quand je ne sais plus quoi demander à Dieu. Alors je remets la prière en disant que je ne comprends pas la situation de cette personne, je suis complètement bloqué avec elle et je la remets
« en langues »
à Dieu.
Il ne s’agit pas d’une transe. On demeure parfaitement conscient et lucide. On peut arrêter, recommencer ; on peut parler haut et fort ou à voix basse. Il ne s’agit en rien d’une transe où l’on perdrait la notion de ce que l’on fait. On peut conduire sa voiture en parlant en langues.

– Ces charismes ne sont pas un phénomène nouveau. L’histoire de l’Église catholique est remplie de saints exerçant des charismes et celle de l’Église orthodoxe connaît beaucoup de moines ermites exerçant également des charismes.
La nouveauté est que désormais les charisme sont donnés indifféremment à tout le monde, même aux débutants dans la foi.
Le Renouveau charismatique rejoint les grands mouvements de réveil que l’Église a connus au Moyen Age, dans l’antiquité, au siècle dernier, en ce sens que c’est un mouvement dans lequel les gens retrouvent une vie spirituelle vécue, et vivante. La rencontre avec Dieu, par exemple à partir d’une guérison accordée, amène à reprendre une relation vivante avec lui, à passer par une forme de conversion, de repentance, une forme de changement de mentalité. On ne peut faire de véritable distinction entre la repentance et la conversion.

– La repentance fait partie de la conversion : c’est reconnaître que l’on vivait de travers, qu’on ne faisait pas ce qu’il fallait. La conversion est plus générale : elle est un retournement d’attitude, de mentalité ; un retournement vers Dieu. Ce n’est pas seulement croire en Dieu alors qu’auparavant on ne s’en préoccupait pas. Cela va bien plus loin car si je crois vraiment en Dieu, c’est toute la vie qui en est changée car désormais une nouvelle donnée devient décisive. Dieu intervient et la vie en est réorientée.
Dieu intervient à tous les niveaux dans ma vie, pas seulement pour faire les miracles ni pour me faire parler en langues ou prophétiser. Si l’on voulait parler du saint-Esprit et de son oeuvre on n’aurait jamais assez de temps pour cela. Son action touche mon être profond, transforme mon cœur, me rend claire la vérité de Dieu.

C’est bien plus que seulement travailler honnêtement, élever ses enfants, obéir… Obéir n’est naturellement pas exclu ! Pourtant il y a une vie qui n’est pas définie par des règles mais produite par un dynamisme. C’est-à-dire que l’on reçoit de l’intérieur à la fois les abandons que l’on doit faire des choses mauvaises et la force des choses nouvelles.
C’est bien sûr les dix commandements que l’on va vivre, mais la nouveauté c’est que l’on est rendu capable de les vivre !
Quand quelqu’un me dit qu’il est bon chrétien parce qu’il ne fait de mal à personne, c’est là un discours que je ne comprends pas du tout. On est un bon chrétien quand on a compris qu’on a fait du mal aux autres et qu’on doit changer de vie ; et qu’on le fait par ce dynamisme de l’Esprit qui agit à l’intérieur de nous-mêmes.
On ne peut séparer le Dieu agissant à l’intérieur de nous-même du Dieu créateur du ciel et de la terre. J’ai besoin d’un contact vivant avec le Dieu créateur du ciel et de la terre ; si je ne l’ai pas, Dieu demeure abstrait, lointain, théorique. Le fait d’avoir avec lui ce contact vivant fait que, certes il est le même Dieu mais désormais je le connais.
A partir de cette conversion personnelle, à partir de l’« effusion de l’Esprit », on est amené petit à petit à faire des choses au service de Dieu; des choses auxquelles on ne pense pas, parce que Dieu nous aide grâce aux charismes, pour intervenir, pour aider les autres.

– Les laïcs aussi peuvent servir Dieu par la puissance de Dieu. Ce qui est vrai du pasteur est également vrai de ceux qui ne sont pas pasteurs ; c’est peut-être là ce qui est le plus extraordinaire dans le renouveau charismatique.
Depuis que je suis dans le Renouveau, je ne fais plus certains actes pastoraux tout seul : je les fais avec des frères et des soeurs qui apportent énormément dans le contact avec les autres. N’importe quel membre du peuple de Dieu, dans le cadre du Renouveau charismatique devient capable d’un service particulier au milieu des autres. Pas seulement de balayer l’église, bien qu’il le faille aussi, je vois des gens tout simples qui ont une parole de sagesse pour aider les autres à vivre.
Il y a toujours le danger de l’individualisme. Mais le fait qu’on partage cette connaissance de Dieu vivante, concrète, plus que vivante, nous rapproche les uns des autres ; il y a souvent eu dans le mouvement charismatique la naissance de groupes communautaires essayant de vivre comme dans le livre des Actes : jusqu’au bout. Cela est important, même si tout le monde ne devient pas communautaire.
Aussi dans les groupes de prière il y a quelque chose de communautaire, partage, aide mutuelle. C’est le peuple de l’Église mis en mouvement.
Tout ceci existe théoriquement dans l’Église Réformée. Mais entre la théorie et la pratique il y a un saut à franchir. Dans la paroisse de Valence où j’étais, une vieille dame très gentille rendait beaucoup de services sur le plan social mais n’aurait jamais osé parler de Jésus, par une sorte de pudeur. Elle disait que c’était là l’affaire du pasteur. Elle se situait par rapport à moi dans un schéma « majeur – mineure ». Le jour où elle a été touchée par la grâce du Saint-Esprit, je n’ai plus eu besoin de lui dire : elle faisait d’elle-même. Elle en parlait, elle communiquait ce qu’elle avait reçu. C’est bien le peuple de l’Église mis en mouvement.

– Ce mouvement touche d’une part des intellectuels qui ont besoin de dépasser le niveau de la rationalité pour comprendre Dieu ; pour eux c’est le passage d’une foi livresque à une foi libre. Il touche aussi beaucoup de gens simples qui, lorsqu’ils sont reconnus comme étant touchés du saint-Esprit, trouvent une liberté de parole, d’expression et d’action qu’ils n’ont pas dans les Églises traditionnelles, car il y faut, pour prêcher, être capable de faire un sermon en trois points, avoir fait des études de théologie alors que j’ai des amis ouvriers qui prêchent admirablement, qui communiquent vraiment quelque chose de la part de Dieu, sans s’inquiéter de leurs subjonctifs.
Lorsqu’on parle de Dieu ce qui compte c’est le souffle, la communication de la vérité ; non pas au niveau cérébral mais au niveau vivant et vécu. C’est pourquoi le mouvement de Pentecôte qui en est la première forme touche beaucoup d’Églises du Tiers-Monde. A son origine le mouvement de Pentecôte a été, à cause de son origine noire et très populaire, méprisé et comme rejeté ; il s’est constitué en mouvement indépendant pour exister. Dans le renouveau actuel il n’y a plus d’opposition systématique à l’Église telle qu’elle est. On a découvert que Dieu agit pour toute son Église et qu’il y a quelque chose de vicié dans l’opposition systématique et le refus des autres.

– Nous vivons aussi une remise en valeur de la Bible. Certes, en tant que protestants on est le peuple de la Bible. Mais j’ai vu des amis catholiques touchés de cette grâce, avoir une boulimie de l’Écriture. Une faim, une soif de lire la Bible, d’être nourri par elle, mieux que n’importe quel protestant. Il ne s’agit pas d’une étude biblique où l’on remonte aux mots grecs pour décortiquer le sens. Au départ c’est plutôt une lecture naturelle et simple de l’Ecriture ; comme cela vient.
Ensuite dans la formation que l’on fait dans le mouvement et aussi au dehors, on apprend aussi toutes les questions d’exégèse biblique, petit à petit. Mais ce n’est pas là l’essentiel ! Ce n’est utile que pour éviter de dire trop de bêtises.
Il y a une lecture directe : quand on ouvre la Bible, Dieu parle. C’est directement une source de vie et plus les gens sont neufs, plus ils sont touchés par cela d’une façon spectaculaire. Mieux que moi, qui ai tout un système de réflexion qui vient toujours faire barrage alors qu’ils ouvrent la Bible et reçoivent directement réponse à leurs questions.

– La « fin du monde ». L’histoire du monde va vers une fin qui est l’oeuvre de Dieu, et non pas celle des hommes ; vers un Royaume qui est le projet de Dieu pour nous, où il sera tout en tous et les hommes ensemble dans l’amour, la justice et la paix.
Jésus, dans la Bible a dit : « Je viens bientôt » Apocalypse 22,20. Je prends cette parole au sérieux; je ne serais pas surpris qu’il arrive aujourd’hui. Je ne peux pas dire s’il arrivera aujourd’hui, demain ou dans un an mais je serais surpris qu’il tarde.
Nous assistons à une accélération des événements. Nous sommes dans le temps de la fin. Le Renouveau qui nous est actuellement donné est un des événements du temps de la fin, parce que Dieu veut que l’Église cesse d’être divisée.

– Il y a tous ces gens divisés : catholiques, luthériens, réformés, pentecôtistes. Dieu donne à tous cette grâce du Saint-Esprit, du renouveau, avec l’air de dire : « écoutez, si je vous ai tout donné c’est que je vous aime tous et que je vous veux tous ensemble ». Et on voit de plus en plus cette espérance d’unité surgir, même s’il y a encore des zones du renouveau où la marque protestante, la marque évangélique ou la marque catholique sont très fortes.
Dieu d’une certaine manière regarde nos différences avec une certaine ironie, une certaine distance.

– Les musulmans, les juifs, les bouddhistes : Pour quelqu’un qui est en dehors de la foi chrétienne, l’œuvre du Saint-Esprit est de l’y amener. Si le Saint-Esprit touche un musulman, c’est pour l’amener à croire explicitement en Jésus-Christ. De même les juifs sont très nombreux aujourd’hui à découvrir Jésus-Christ ; on les appelle parfois « juifs messianiques »
Cette illumination que Dieu veut faire dans ces temps de la fin est importante et l’illumination d’Israël tout particulièrement. Je prie pour cette illumination d’Israël, pour que le peuple de Dieu redevienne au fond et non seulement extérieurement mais intérieurement le peuple de Jésus-Christ

– En ce qui concerne leur salut éternel, le texte où le Christ dit « toutes les fois que vous avez fait du bien à l’un de ces plus petits c’est à moi que vous l’avez fait » Matthieu 25, concerne tous ceux qui ne sont ni chrétiens ni juifs (ceux-ci doivent bien savoir ce qu’ils ont à faire !) et il y aura une grâce de Jésus-Christ à partir de la petite grâce qu’un homme a faite à son semblable.

– Je dois prêcher l’Évangile car il vaut mieux être gracié aujourd’hui que dans mille ans. Mais je crois aussi que la grâce de Jésus-Christ ira aussi loin qu’il est possible, car la liberté de l’homme est entière et ceux qui se sont refusés entièrement à Dieu seront exclus.

 

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